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Publié par education-therapeutique.over-blog.net

La télémédecine, remède à la désertification médicale ?

http://www.eterritoire.fr/blog/2016/01/13/la-telemedecine-remede-a-la-desertification-medicale/

posté sur 13 janvier 2016 par Ludivine Chauvet dans Actualité, Emploi // 1 commentaire

Le 26 novembre dernier, Marisol Touraine, Ministre des Affaires Sociales, de la Santé et des Droits des Femmes, annonçait le lancement du Pacte Territoire Santé II. Ce deuxième volet du plan de lutte contre les déserts médicaux réaffirme la place centrale de la télémédecine dans le dispositif gouvernemental. Celle-ci est-elle un véritable remède à la désertification médicale ?

La désertification médicale en France en 2016 : un constat alarmant

Avant d’évoquer l’impact de la télémédecine, il n’est pas inutile de procéder à un état des lieux de la répartition de l’offre de soins sur le territoire. Force est de constater que les déserts médicaux sont une réalité tangible en ce début d’année 2016. Si le nombre total de médecins en activité en France est suffisant relativement à la taille de la population française (environ 295 médecins pour 100.000 habitants , bien au-dessus du seuil critique fixé à 250), leur inégale répartition sur le territoire pose problème. Les déséquilibres entre régions sont les plus connus (pensons à l’affluence des médecins en Provence-Alpes-Côte d’Azur, comparée au déficit en région Centre Val-de-Loire) ; et pourtant, les déséquilibres entre départements d’une même région sont plus graves encore (avec 174 médecins pour 100.000 habitants, l’Ain souffre d’une forte pénurie alors que le Rhône dispose de 400 médecins pour 100.000 habitants) (1).Mais c’est au niveau des bassins de vie, au sein d’un même département, que la répartition est la plus inégale. Et désormais, les territoires en danger pour les soins de premier recours ne concernent plus exclusivement les zones rurales mais aussi les métropoles, comme Paris, voire des villes moyennes, comme Châteauroux.

Ainsi, 3 millions de Français seraient touchés par la désertification médicale selon le dernier rapport du Sénat sur le sujet (2). Or, la situation s’aggrave, et ce depuis plusieurs années, avec le départ à la retraite des médecins implantés dans les zones faiblement dotées. C’est ainsi que 34 départements sont considérés comme potentiellement en danger par le Conseil National de l’Ordre des Médecins, avec une forte probabilité d’un départ massif d’ici à 2017, non compensée par la présence de jeunes médecins. Dans le Cher, un tiers des médecins sont âgés de plus de 60 ans alors que les moins de 40 ans représentent à peine 5,8 % des effectifs.

Source : infographie Arte, « La santé en chiffres », Octobre 2014

La télémédecine, outil récent et engagement du gouvernement au service de l’accès aux soins

Dès 2012 et le lancement du premier Pacte Territoire Santé, le gouvernement identifiait la télémédecine comme un dispositif central dans la lutte contre les déserts médicaux, permettant d’améliorer l’accès aux soins sur l’ensemble du territoire. L’énoncé de l’engagement n°7 du pacte, « Développer la télémédecine » demeurait toutefois assez évasif. Il est vrai que la télémédecine est un terme apparu récemment dans l’arsenal législatif, puisqu’il fait son entrée dans le Code de la Santé Publique en 2009 seulement. La loi du 21 juillet, qui donne un cadre légal à la télémédecine, permet alors sa prise en main par le législateur et les pouvoirs publics. Par ailleurs, si la télémédecine est officiellement née dans les années 1920 avec l’usage de la radio pour service médical sur les bateaux, la pratique « grand public » de la télémédecine est très récente. Ainsi, la première cabine de télémédecine a été installée en France en 2014, à Cluny (Bourgogne), dans une résidence pour personnes âgées.

Définie comme l’ensemble des pratiques médicales permises ou facilitées par les télécommunications, la télémédecine regroupe deux types d’activités : le recours ponctuel à une expertise (téléconsultation, télé-expertise, téléassistance) et le suivi d’une pathologie chronique (télésurveillance) (3). Toutes ces branches de la télémédecine peuvent concourir à un meilleur accès aux soins sur le territoire. Lors de son discours du 11 février 2014, Marisol Touraine esquisse un premier bilan du Pacte Territoire Santé, et souligne les bénéfices de la télémédecine à travers quelques exemples :

« Je pense à l’AVC, qui exige le délai de prise en charge le plus court possible. En Franche-Comté, dans le Nord-Pas-de-Calais ou ici, en Bourgogne, les services d’urgence peuvent désormais prendre en charge leurs patients par télé-expertise et téléassistance. En Auvergne, ce sont les patients insuffisants cardiaques qui sont suivis à distance au quotidien. En Rhône-Alpes, la qualité de vie des patients atteints d’insuffisance rénale a été considérablement améliorée grâce à la télémédecine et au suivi à domicile mis en place par les CHU lyonnais et grenoblois. »

La dimension technologique inhérente à la télémédecine suppose un coût financier qui requiert une implication budgétaire forte du gouvernement. A travers le programme Hôpital numérique lancé en 2011, 400 millions d’euros sur cinq ans ont été mobilisés au profit du développement des pratiques de télémédecine à l’hôpital, comme indiqué par la Ministre dans le même discours. Il convient toutefois d’interroger l’impact positif en termes d’accès aux soins sur le territoire dès lors que les financements sont ciblés sur l’hôpital… Ainsi, le deuxième volet du Pacte Territoire Santé recentre le développement de la télémédecine sur les patients chroniques et les soins urgents, engagement n°9 du pacte pour lequel 40 millions d’euros sont dédiés.

Un ensemble coordonné de mesures est nécessaire

La télémédecine apparaît comme l’une des parties de la solution au problème des déserts médicaux : elle présente des aspects bénéfiques en termes d’accès aux soins sur le territoire, mais ne saurait se suffire à elle-même. La solution est nécessairement pluridimensionnelle ; en particulier, l’impact optimal de la télémédecine ne peut être atteint sans une refonte organisationnelle. En effet, les projets de télémédecine buttent souvent non pas sur l’aspect technologique (l’innovation a été trouvée), mais sur l’aspect organisationnel. Des innovations doivent ainsi être encouragées dans ce domaine : évolution des métiers des professionnels de santé, meilleure coordination entre infirmières et médecins, transferts de compétences…

Tel a été le constat à l’origine du programme Territoire de Soins Numérique, mené par la Direction Générale de l’Offre de Soins (direction du Ministère des Affaires Sociales et de la Santé). Lancé dans le cadre des Investissements d’Avenir et doté de 80 millions d’euros, le programme TSN a pour ambition de faire émerger des solutions organisationnelles et techniques innovantes afin de tirer tous les bénéfices des nouvelles technologies de l’information et de la communication (4). Si l’accès aux soins est un objectif prioritaire, le programme doit également permet de recentrer l’organisation du système de santé autour du parcours du patient, et d’améliorer les conditions d’exercices des professionnels.

Déploiement de la télémédecine : le choix d’une approche locale et pragmatique

La stratégie nationale de déploiement de la télémédecine, présentée dans l’article 36 de la LFSS (Loi de Financement de la Sécurité Sociale), suit une approche locale et pragmatique. A partir du 1er janvier 2014, des expérimentations coordonnées par les ARS (Agences Régionales de Santé) sont menées dans des régions pilotes. Elles portent sur la réalisation d’actes de télémédecine pour des patients pris en charge en médecine de ville ou en ESMS (établissements et services médico-sociaux). Au terme de ces expérimentations, une évaluation sera réalisée par la Haute Autorité de Santé, en vue d’une généralisation sur tout le territoire (le premier rapport est attendu pour septembre 2016).

(1) Atlas de la démographie médicale 2015, Conseil National de l’Ordre des Médecins

(2) Rapport d’information Sénat n°335 – « Déserts médicaux : agir vraiment » – Hervé Maurey, 2013

(3) Essentiellement : le diabète, l’insuffisance rénale, l’insuffisance cardiaque et l’insuffisance respiratoire

(4) Pour en savoir plus sur les Territoires de Soins Numériques : http://social-sante.gouv.fr/systeme-de-sante-et-medico-social/e-sante/article/investissements-d-avenir-le-gouvernement-retient-5-projets-dans-le-programme

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